Solex : 70 ans à l’international

L’image motocycliste de la France depuis l’après-guerre c’est la 2CV, la Mobylette et le Solex et c’est peut-être bien ce dernier qui eut la carrière la plus internationale. Il fête en 2016 ses 70 ans.

Salon de Paris 1960 : un bel alignement, mais toujours un seul modèle à un prix sans concurrence.
Salon de Paris 1960 : un bel alignement, mais toujours un seul modèle à un prix sans concurrence.

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Désolé pour le manque de signatures, mais certaines vues de Solex à l’étranger sont reprises sur internet où il n’est pas mentionné d’origine

Vous en avez tous au conduit un, et ce curieux cyclo traction avant reste l’un des plus aberrants et néanmoins l’un des plus sympathiques et populaires deux-roues moto motorisés français. La preuve, vous avez été 7 millions à l’acheter de 1946 à 1988 avec un record de 380 000 exemplaires en 1964. Drôle d’idée pourtant qu’une roue avant motrice sur un cyclo : poids du moteur en haut et non suspendu avec toute la lourdeur de direction que cela implique. Le pari était risqué, mais il permettait une construction aussi simple qu’économique en découplant les efforts du pilote et du moteur. Le pédalier pour l’un, un simple galet en contact avec le pneu pour l’autre. Du coup pas besoin d’embrayage (il n’apparaît qu’en 1959). Il suffit de relever le moteur articulé pour passer en mode vélo. Maître de la technique tout autant que du marketing car, le créateur Marcel Mennesson exprime tout son génie dans le dessin simplissime du moteur deux temps. En ces temps de disette et jusqu’à sa disparition, le Solex s’offrira à un prix imbattable que les constructeurs concurrents n’auront de cesse… d’approcher sans jamais y parvenir. L’image mythique en sera reprise récemment par un certain Jean-Pierre Bansard pour créer l’e-Solex en commercialisé en 2006 par la société Sinbar. Une belle image rétro concoctée par Pininfarina, mais un moteur électrique chinois entraînant… la roue arrière ! Le faux moteur avant n’est qu’un petit coffre décoratif. Nombre d’excellents ouvrages et sites internet relatent en détail les évolutions du Vélosolex au fil des ans sans oublier les versions pour l’importation et celles construites sous licence. L’un des premiers, en 1952, étant le Solex suisse construit par Hispano Suiza ce modèle 330 est alors le seul cyclomoteur construit à 100% en Suisse et dont le sigle reprend la fameuse cigogne de la marque. J’avais mis l’épinglette pour frimer aux Coupes Moto Légende et je l’y ai perdue… j’enrage encore ! On vit des Solex indiens, américains, allemands, dominicains et même japonais, construit par Daihatsu. Plus tard, la carrière de notre traction nationale commençant à s’essouffler, Solex fit quelques tentatives plus ou moins heureuses pour rafraîchir le concept. Tout commence bien mal avec le Micron présenté au salon de Paris 1957 pour lequel on se demande toujours à quoi s’attendaient les cadres de la marque, car, limité à 30 km/h, mais dépourvu des réglementaires pédales, il n’était homologable en France qu’en catégorie vélomoteur et devait donc être immatriculé et asujetti au port du casque. Le tout pour 519 F contre 393 pour le 3800. Le même fiasco l’attendait en Italie, le plus gros marché potentiel visé, où il affrontait une meute de minis oh combien plus mimis. Le Micron sera quand même produit à 4000 exemplaires de 1968 à 1974… cela sert d’avoir beaucoup de vitrines. Encouragés sans doute par cet échec fumeux, Motobécane qui a absorbé Solex en 1974, reprit le concept sur un prototype en 1973 avec le moteur du solex disposé cette fois sur la roue arrière. Nous eûmes aussi le Solex 5000 pliable puis, en 1969, le Flash, rebaptisé Solex 6000 en 1973, qui inventait le concept opposé à celui de son prédécesseur, tout faire plus compliqué : transmission par arbre sur la roue arrière, frein arrière à disque mécanique, et carrosserie en tôle pliée compliquant l’accès au moteur et l’entretien. Le Flash portait bien son nom ; il disparut en un éclair. Renversement de situation que nous oublions volontiers, il fut remplacé par les Solex Tenor cyclos utilitaires à roues de 17 pouces sans originalité à moteurs Anker Laura ou Moto Morini. L’agonie du Solex, du vrai, sera longue et pénible. Renault devenu majoritaire en 1974, s’empresse d’échanger des 51% de parts de Solex contre 15% de parts de Motobécane. Lequel Motobécane, engagé par la loi à fournir des pièces pendant dix ans, produit sans enthousiasme quelques Solex rebadgés à son nom, tandis que les machines-outils du 3800 sont revendues en Hongrie qui tente de revendre ses vrais faux Solex en France sous label Cyclon. Dommage ils ont les machines, mais pas la propriété du nom, revendu à Magneti Marelli, ni les droits d’exploitations et ils font rapidement faillite. Entre temps, ce sont les Chinois qui se lancent dans l’aventure sous différents labels exotiques. Les journaux annoncent un retour en force de notre cyclomoteur, mais son temps est révolu… le Solex est mort vive le Solex.

Pour compléter cet article avec des photos, merci de me joindre sur info@moto-collection.org

7 commentaires sur “Solex : 70 ans à l’international

  1. Louis ALBERT dit :

    C’était une autre époque, que de souvenirs…merci pour ce beau reportage, Louis

  2. Camberoque dit :

    Quand j’ai eu 14 ans il y avait une réclame pour les Solex qui proposait qu’on en achète un pour 1 franc par jour pendant un an. 365 francs ! Cela me faisait rêver…
    Je me disais que je devrais pouvoir y arriver….
    Puis je réalisais que un an, c’est drôlement long et que même en ne payant que 1 franc tous les jours je ne pourrai pas boucler mon budget.
    Je pensais souvent comment trouver tous les jours cette petite pièce…
    Je n’ai jamais eu de Solex.
    Bien a vous.
    Le motographe

  3. Olivier IACCONI dit :

    Bonjour François-Marie,

    Très sympa ton article sur le Solex que j’aime bien et dont j’ai plusieurs modèles. Mes préférés sont ceux de 1946 et 1947, qui sont à mes yeux les plus beaux car les plus fins. Affaire de goût personnel.

    Mais pour rouler à Lyon, j’ai un modèle américain appelé California Model ou D.O.T (Department Of Transportation) Model. Fabriqué en France et vendu dans quelques Etats des U.S suivant une réglementation particulière. Ce n’est pas un 4600, mais bien un 3800. Gros phare à l’avant, feu de stop. Ce n’est pas le plus beau à mes yeux, je le trouve mal proportionné de profil. Plus sympa de face. Mail il fonctionne bien, a fait les 150 km de l’Eurosolexine. J’ai acheté ce Solex dans la petite ville où j’habitais en Virginie.

    Je t’ai envoyé des photos via email et en ai plus si cela pique ta curiosité. A mettre en ligne si tu veux, pas de souci. Plus d’infos sur le blog de Brian sur briansolex3800, un Américain de New-York très Solex et Citroën.

    Amicalement,

    Olivier

  4. fmd dit :

    Merci Olivier, je rajoute dès que possible tes photos à la fin de mon article.

  5. jackymoto dit :

    J’ai beaucoup utilisé et réparé ces bazars au montage bizarre, y compris un Micron .
    Comme disait Maurice, mon mentor: « les seuls pétarous qui marchent plus mal avec des pièces neuves qu’avec les usagées, et en plus faut pédaler! »
    Toutes les fabrications récentes hors de France sont de véritable daubes, les Chinois ayant des fourches en tôle trop fine qui se tord. J’ai deux voisins et amis qui les collectionnent et possèdent les bons, mais également les oignons exotiques ( le problème des collections mono marque!).

  6. Mazet Henri dit :

    J’ai fait toute ma carrière chez Solex…carburateurs, comme motoriste, intégrée dans le groupe Magneti Marelli en 86/87.
    J’y suis rentré en septembre 1974 date à laquelle la production des vrais Velosolex s’arrêtait.
    Or il était d’usage que chaque employé, y compris de la branche « carburateurs » se voit offrir un Velosolex après deux années d’ancienneté. Cependant j’ai pu profiter exceptionnellement de cet avantage ainsi que trois autres collègues après seulement quelques mois de présence.

    J’ai ainsi eu un Solex issu d’un lot , je crois un essai industriel de cinq cent Solex à allumage électronique, je me souviens que l’on m’avait dit qu’ils étaient entreposés dans les anciens locaux de Terrot à Dijon (ça me parait bizarre aujourd’hui mais « je crois en être sûr » (sic!).

    Cet allumage électronique était une vraie merde, le capteur magnétique était vissé sur un flasque en plastique qui se déformait, au bout de quelques kilomètres, ça faisait « tact tac tac » quand l’aimant mobile touchait la partie fixe, je refaisais l’entrefer et c’était reparti pour dix kilomètres.

    Je n’en avais pas l’utilité, j’habitais en copropriété, le box était encombré de la 125 Honda, de la 125 Peugeot, de la BM et de la FN en cours de restauration…je l’ai vendu non sans l’avoir remis en allumage conventionnel…
    J’ai juste gardé l’aimant du capteur que j’ai fixé au bout d’une durit, il est dans ma boîte à outils et il est bien utile pour repêcher les écrous perdus dans des coins inaccessibles.

  7. fmd dit :

    Merci pour cet émouvant témoignage révélant un Solex inconnu.

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