Favor
BMA Electrique - 1932
Le premier vélo électrique ?
En ces temps de crise énergétique et climatique, les véhicules électriques apparaissent aujourd'hui comme la panacée. L'idée ne date pourtant pas d'hier. Sans remonter aux origines et aux exploits de Camille Jenatzy sur sa "Jamais Contente", la propulsion électrique a souvent attiré les inventeurs. La crise économique qui perturbe alors léconomie mondiale incite à se tourner vers des solutions "nationales" en lieu et place des carburants dimportation. Cest sans doute ce qui a poussé les frères Guillaume, propriétaires de Favor, pourtant peu portés sur linnovation à outrance, à présenter en octobre 1932 un vélomoteur électrique.
Admiré par le public, décrié par la presse
La marque clermontoise Favor présente ainsi au salon de Paris en 1932, ce prototype d'un vélomoteur électrique, "ou tout du moins dénommé tel", écrit Moto Revue dans son n°502 de 1932. MR semble ne pas bien aimer la marque (qui ne fait pas de publicité !) et continue : "Favor a quitté l'arène sportive... pour exploiter une licence de fabrication de postes de TSF d'origine allemande". Une activité annexe qui explique que la marque soit versée dans l'électrique. Ce vélomoteur futuriste présenté au salon de Paris suscite beaucoup de curiosité, mais était-il fonctionnel ? "Il promettait", écrit Moto Revue, "une autonomie de 80 km sans recharge à une vitesse de 25 km/h" (les BMA doivent par nature ne pas dépasser les 30 km/h). Un poil moins optimiste, René Guillaume, alors patron de Favor, annonçait 22 km/h avec une autonomie de 50 km, a priori suffisantes pour des trajets domicile-travail. "Le plus drôle dans l'histoire" continue de persifler Moto Revue très dubitatif sur l'avenir de l'engin, "est qu'il ne comporte pas de rhéostat pour faire varier le débit du courant. Alors c'est tout ou rien ! Et pour le prix il aurait été de 1000 F supérieur à celui d'un vélomoteur normal !" (Le Favor BMA A1 vaut alors 1450 F un prix tout à fait dans la moyenne des vélomoteurs de son époque.)
Prototype de salon
De la partie cycle de la BMA Favor type A1, ce prototype électrifié conserve tout l'avant avec fourche, roue et direction, le triangle arrière et le tube supérieur. Favor a simplement coupé le berceau moteur, remplacé par un support de forme rectangulaire qui reçoit les coffres à batteries. Un moteur électrique de marque Paris Rhône est fixé au tube supérieur du cadre. À la place du moteur thermique, un coffre volumineux renferme les deux grosses batteries, tandis que le moteur Paris-Rhône et un démultiplicateur d'où part la chaîne vers la roue arrière sont fixés sur le tube de selle. L'ensemble est annoncé pour 60 kg, dont 30 de batteries, et on peut, à juste titre, sinterroger sur la possibilité d'utiliser le pédalier en cas de panne de courant !
Inventifs, mais gestionnaires prudents, les frères Guillaume n'ont pas jugé bon de lancer la commercialisation de leur engin, mais il restera dans l'histoire comme l'un des tout premiers vélos électriques, car la plupart des autres expériences dans ce domaine ont eu lieu plus tard et le plus souvent sur des bases de scooter, dont la géométrie est plus adaptée au placement d'une lourde charge entre les deux petites roues.
Moteur électrique Paris-Rhône - Transmissions moteur par chaine primaire, démultiplicateur et chaine secondaire, plus transmisson vélo - Cadre modifié de Favor A1 - Fourche avant à parallélogramme et ressort central - Freins à tambour - Pneus 2,50 x 24" - Autonomie 50 km - 60 kg - 22 km/h.
Nombreux sont les constructeurs qui ont tenté le moteur électrique avant-guerre, mais les batteries n'étaient pas encore assez vaillantes et seules de rares marques arriveront à une commercialisation très réduite.