Indian
750 Enfield -1970
Célébration américaine d'un mariage Italo-Britannique
La fermeture des usines Indian est actée en 1953, mais des motos portant ce nom n'ont jamais réellement cessé d'être commercialisées jusqu'à aujourd'hui. La fabrication et la vente sont alors deux entités différentes, et c'est cette dernière, la Indian Sales Corporation, qui distribue des Royal Enfield rebadgées Indian à partir de 1955. En 1959, AMC (Associated Motor Cycles) rachète l'activité, et les Indian sont maintenant des AJS ou des Matchless pendant trois ans. Un petit passage à vide, et c'est Floyd Clymer, l'une des personnalités les plus importantes de l'histoire de la moto américaine d'après-guerre, qui revendique l'achat du nom en 1967. Il présente une gamme conséquente au salon de Cologne cette même année et au milieu des minibikes à moteur Minarelli et des
Münch dont il a décidé de financer l'usine, se trouve une
500 à moteur Velocette et cadre italien dessiné par Leopoldo Tartarini, le propriétaire et créateur d'Italjet. Elle est rejointe un an plus tard par une 750 équipée du moteur de la
Royal Enfield Interceptor MkII.
Recyclage
Pour ces deux motos, l'étude a été d'autant plus rapide que Tartarini travaille déjà pour son propre compte sur le projet de la
Grifon à moteur Triumph. Le cadre double berceau est similaire, juste adapté pour recevoir la motorisation Royal Enfield, et les équipements sont les mêmes avec des suspensions Marzocchi, des jantes aluminium Borrani et des freins Grimeca, dont l'avant est un beau double came. Pour l'habillage, le réservoir est le même et les panneaux latéraux reprennent l'idée du rond en polyester qui forme une plaque de numéro. La 750 dispose du moteur de la
Royal Enfield Interceptor MkII, évolution ultime du bicylindre de la marque développant la très respectable puissance pour l'époque de 54 ch.
Un décès qui signe la fin du projet
Comme pour la Grifon, le cocktail concocté par Tartarini est détonnant avec un style moderne autour de mécaniques déjà obsolètes. Son but est de séduire les nouveaux accédants à la moto, nombreux à l'époque, avec des teintes pastel métallisées, rose saumon ou bleu layette qui suscitent bien des critiques à leur sortie sans attirer les jeunes, mais en choquant les anciens ! Et puis, comment lutter face à la révolutionnaire
Honda 750 CB, son quatre cylindres, son frein à disque et sa fiabilité vite reconnue? Ce n'est en tous cas pas sur le prix qu'Indian aurait pu se battre. Elle est proposée à 1545 $ alors que la Honda faisait son entrée en 1969 à 1495 $. Au final, seules 23 Indian Enfield ont été exportées aux USA. Un exemplaire est envoyé à Robert Leconte, célèbre concessionnaire parisien, qui en fait la publicité dans la presse, et deux sont vendues en Italie. La mort de Floyd Clymer d'une crise cardiaque à son bureau à l'âge de 74 ans en 1970 met un coup d'arrêt au projet.
Moteur bicylindre parallèle 4 temps refroidi par air - 736 cm3 (71 x 93 mm) - 54 ch à 7 200 tr/min Distribution par tiges et culbuteurs, 2 soupapes par cylindre - 2 carburateurs AMAL Concentric de 30 mm - Lubrification par carter sec - Boîte 4 vitesses - Embrayage multidisque en bain d'huile - Transmission finale par chaîne - Cadre double berceau tubulaire - Fourche télescopique Marzocchi - Suspension arrière par bras oscillant et double amortisseur - Freins av. à tambour double came Ø 200 mm, ar. simple came - Pneus av. 3,25 x 18'', ar. 4,00 x 18'' - 186 kg - 185 km/h
Comme pour l'Italjet 650 Grifon à moteur de Triumph Bonneville dont elle reprend nombre d'éléments, la Indian 750 à moteur Royal Enfield sera malheureusement diffusée à moins de trente exemplaires, celui présenté fait partie de la collection personnelle de Leopoldo Tartarini.