Unibus 1921 : le scooter moderne a 100 ans

Il est tentant de rechercher les origines du scooter dans l’Autofauteuil français de 1902 ou les patinettes américaines et britanniques genre Skootamota du début des années vingt, mais le premier VRAI scooter qui réunit à la fois l’architecture et le style propres à ce type de véhicule, c’est Unibus anglais présenté en décembre 1920 au salon de Londres avec un plancher plat et une carrosserie formant un tablier enveloppant.

Archives : François-Marie Dumas – Photos modernes : Jim Rendell, Jet Age Museum (Gloucester)

 

La superbe publicité montre bien que l'Unibus s'adressait à tout type de clientèle. Dommage qu'il ait été proposé à environ 100 £ alors qu'une Velocette EL3 Ladie's Model à boîte 3 vitesses n'en valait que 53 !

Visionnaire, cet Unibus dû à l’extraordinaire intuition de l’Anglais Harold Boultbee ingénieur en chef de Gloucester Aircraft Company qui, le premier, inventa le scooter moderne dans ses formes comme dans son esprit. Il avait malheureusement vingt-cinq ans d’avance et, comme d’usage pour les produits trop révolutionnaires, ce fut un flop commercial retentissant !

Rare photo prise à Copenhague vers 1922. Le plus amusant est que le “broc” qui me l'a vendue avait toutes une série de photos hors de prix de motos anglaises courantes sans intérêt et qu'il m'a soldée celle-ci qui n'était "qu'un scooter" !
Les Unibus survivants se comptent sur les doigts d'une main et celui-ci superbement restauré appartient à Mike Webster, un collectionneur britannique.

Encore en avance aujourd’hui

Comme si ce n’était pas assez d’inventer le concept du scooter moderne, l’Unibus fait mieux encore que des scooters actuels ! Le moteur placé à l’avant avec une transmission par arbre jusqu’à la roue arrière assure une parfaite répartition des masses, tandis qu’un vrai châssis « baignoire » constitué de deux longerons en L et de triangles avant et arrière en tôles soudées devait lui conférer une rigidité hors normes. Suspensions avant et arrière et coffre sous la selle, il ne lui manque vraiment rien, mais il ne faut quand même pas trop attendre des techniques d’époque  utilisées. La fourche avant oscillante appuyée sur des ressorts à lames ne devait pas être trop efficace et sans doute moins que la suspension arrière également oscillante et à ressorts à lames comme sur l’ABC contemporaine et compatriote. Contrairement à ce que les photos laissent penser les roues sont de 16 ”, chaussées il est vrai de pneus très fins. Autre modernisme étonnant, il y a deux freins à tambour, mais ils sont tous les deux à l’arrière, accolés à la transmission. Il n’y a apparemment, pas de frein avant.

Démarrage par manivelle, transmission par arbre, suspensions avant et arrière oscillantes et deux freins arrière à tambour.
Ce rarissime exemplaire en parfait ordre de marche fait partie de la collection de Mike Webster en Grande-Bretagne et on en connait trois autres en Italie.

Le mieux restait à venir

Révolutionnaire sous tous rapports, l’Unibus, et bien mieux pensé que la grande majorité des scooters qui vont suivre dans les années à venir voire même par rapport à maintes réalisations actuelles qui affichent certes des performances correctes, mais qui continuent d’être construits sur une architecture bancale.

Et encore Harold Boultbee, le constructeur, s’en était-il tenu à des choix « raisonnables » car il précisait qu’il avait, lors du développement, testé différents prototypes plus futuristes encore dont deux à cylindre horizontal transmission finale par chaîne silencieuse en bain d’huile (façon T-Max avant la courroie !) tandis qu’un troisième avait un moteur en porte-à-faux à côté de la roue arrière, une solution que sir Harold Boultbee jugea sans avenir !

La technique

3- Comme beaucoup d'usines d'aviation se reconvertissant dans le deux roues après les guerres, Gloucester Aircraft Company avait voulu trop en faire et ce concept trop intelligent mais trop cher ne se vendit qu'à peu d'exemplaires entre 1920 et 1922. Notez la selle montée sur un tube qui découvre un petit coffre lorsqu'on lui fait effectuer un demi-tour. On y trouve la pile sèche, la trousse à outils et une pompe.
Le châssis très automobile est constitué de deux poutrelles en acier enserrant un plancher plat et de supports avant et arrière en tôle sur lesquels se boulonne les demi-coques de la carrosserie.
Section de la roue en son milieu montrant les deux freins à tambour accolés.
La transmission par vis sans fin et la commande de deux freins à tambours.

Caractéristiques

Moteur Precision 270 cm3 monocylindre 2 temps refroidi par air vertical derrière le tablier avant – Alésage x Course : 70 x 70 mm – Démarrage par manivelle à main – Graissage séparé par gravité et goutte-à-goutte. – Boîte 2 vitesses par levier à main –  Embrayage monodisque – Transmission par arbre et vis sans fin – Châssis à deux longerons acier et coques avant et arrière en tôles soudées  – Carrosserie : deux « demi-coques » en tôle d’acier emboutie boulonnées à l’avant et à l’arrière du châssis-plancher plat – Suspension AV. : fourche pendulaire et ressorts à lames, AR. Oscillante et ressorts à lames – Roues à voiles pleins et jantes démontables en tôle d’acier – Pneus 2,25 x 16′ – Freins par double tambour à l’arrière – Vitesse 40 km/h

Extrait du Motor Cycle du 8 décembre 1920

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8 commentaires sur “Unibus 1921 : le scooter moderne a 100 ans

  1. fmd dit :

    Non, le Unibus n’est pas si vieux, retournez le 6 pour plus de précisions… mais je rectifie mon erreur de ce pas. Content que vous m’ayez lu aussi attentivement !

  2. Van Boxsom dit :

    super !

    un étonnement cependant : au bas de l’article il est mentionné « Extrait du Motor Cycle du 8 décembre 1620 »
    décembre 1620 !???

    bonne continuation
    prenez soin de vous !

  3. AHM dit :

    Amusant, un scooter époque renaissance/ancien régime? « Extrait du Motor Cycle du 8 décembre 1620″…biensûr, tout le monde aura lu 1920! Belle rareté!!

  4. Oui, une patinette a un plancher plat. On enjambe une moto mais on s’installe dans un scooter. J’insiste pour dire rouler à bicyclette ou à moto comme on va à cheval, mais rouler en auto ou en scooter. Ce n’est pas une question de taille de roue – en vertu de quels critères situer la limite ? – personne ne dénie la qualité de scooter au Galetto de Guzzi.
    Quant au Viceroy, il était original mais, effectivement, le fruit d’esprits tordus : pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?

  5. fmd dit :

    L’Unibus avait au moins l’avantage d’être une révolution en avance sur son temps, tandis que le Viceroy…

  6. fmd dit :

    Après d’interminables discussions avec Didier Ganneau, avec qui nous avons écrit « Scooters du monde : cent ans d’histoire » aux éditions EPA, la meilleure définition que nous avions trouvé est qu’on s’assoit sur un scooter alors qu’on enfourche une moto. Si on considère le plancher plat comme une obligation, la quasi totalité des scooters modernes sont rejetés. Pareil pour les petites roues et les pare-jambes. La seule constante semble bien n’être que la façon dont on monte dessus (ou dedans !)

  7. on doit aux british des scooters hors norme comme cet Unibus et plus tard le Velocette Viceroy. Mais l’originalité ne paie pas

  8. Chrstophe Fresneau dit :

    Pour rappel, cette page retrace les origines historiques du mot « Scooter »
    https://www.facebook.com/photo?fbid=3602188646485276&set=a.3334757193228424

    Pour faire court, un « scooter » EST justement cette partie de plancher plat. C’est la caractéristique primaire du scooter.