L’aventure JBB par Yves Kerlo

Bien souvent les bouquins sur la moto sont avant tout informatifs, sans briller par une plume alerte et peu mis en valeur par une mise en page vieillotte. Autant de raison de vous réveiller les sens avec le JBB concocté par Yves Kerlo avec l’assistance de Bruno des Gayets pour les images et Jérôme Paillet pour la mise en page. C’est beau, c’est vivant, l’histoire est passionnante et si bien racontée qu’on a l’impression d’une discussion en réel avec l’auteur. j’ai dévoré l’ouvrage en à peine deux heures… mais j’y reviendrai pour rentabiliser l’affaire et me pencher sur les détails.

au fil des pages toutes les réalisations de Jean-Bertrand Bruneau sont illustrées par ses croquis.

Voilà que l’impression générale me fait oublier de parler du sujet :  JBB. Dans cette période extraordinaire de la moto en France des années 70 à l’aube du 21e siècle, nous avons eu la chance d’avoir un foisonnement de concepteurs et techniciens géniaux dont le talent eut un retentissement mondial même si tous n’ont pas toujours eu les moyens d’exprimer totalement leur potentiel. Eric Offenstadt, Pierre Doncque, Bernard Droulhiole, Alain Chevallier, Claude Fior et Jean-Bertrand Bruneau furent les moteurs de ces feux d’artifice dans les motos de course françaises et il faut leur rendre hommage.

JBB, on se souvient surtout de son curieux train avant à triangles superposés, et des succès acquis avec cette technologie, mais le livre nous rappelle que pendant près de 50 ans JBB, le dentiste, a également conçu des moteurs, des cadres, des casques, des vélos et des motos électriques.

Le livre d’Yves Kerlo qui a notablement participé avec sa société Reflex aux réalisations de JBB nous fait aussi revivre toutes les rencontres et collaborations avec les ^personnages qui ont fait l’histoire de la moto française dans ces années : Jean-Sylvain Dupré, le brillant technicien associé à Yves, Jean Buchoux et son entreprise JPX, Jacques Bolle, Georges Martin, Michel Robert qui lance JBB dans le Championnat de France Protwin, Cyrill Bihr qui soutient le projet MetisS et puis des designers comme Yves Malka concepteur de la fabuleuse Atomo,  Jeann-Michel Tarallo auteur de la si belle et futuriste RenNa, moto routière unique sur base de Ducati 996 et Jeremy Faraud, auteur de la Temo (Terra Modena). Vous l’aurez compris, ce livre fait partie des indispensables.

La RenNa en cours de fabrication avec Stéphane Segretain dans l'atelier de Relflex et en photo studio par Bruno des Gayets.

Édité en 2022 et distribué par Café Racer: Les éditions du Dollar, 19, rue de l’Odéon, 75006 Paris – Format 26 x 28,5 cm, couverture cartonnée – 192 pages – 500 photos – 40 €

Le livre est à commander sur le site de Café Racer – ISBN 978-2-9576836-2-8

Et pour en savoir plus tous les autres ouvrages sur les motos françaises, reportez-vous à la rubrique livres dans le menu en haut de page.

Bien souvent les bouquins sur la moto sont avant tout informatifs, sans briller par une plume alerte et peu mis en valeur par une mise en page vieillotte. Autant de raison de vous réveiller les sens avec le JBB concocté par Yves Kerlo avec l'assistance de Bruno des Gayets pour les images et Jérôme Paillet [...]

Coupes Moto Légende 2022 : le plateau rajeunit

Les Coupes, enfin retrouvées, restent fidèles à leur réputation : monumentales ! Entre les clubs, la bourse, les participants installés tout autour du circuit et les motos de prestige dans les box…, on a du mal à faire un tour complet en une seule journée. Cela dit, on note d’année en année un rajeunissement progressif du plateau avec de plus en plus de motos des années 70-80 et de moins en moins d’anciennes. Il faut avouer que les avant-guerre n’étaient pas gâtées par le programme de roulage avec quelques tours de circuit le samedi à 8h50 pour les plus de 175 cm3 puis à 8 h 30 et à 17 h 05 le dimanche. Il est dur de contenter tout le monde avec autant d’engagés, mais le résultat risque fort d’être une désaffection croissante des avant-guerre à Dijon-Prenois. Les Coupes marquent aussi un peu le pas ; presque, autant de participants que les années précédentes et plus de visiteurs selon l’organisation, mais, tous comptes faits, moins d’exceptionnel, ou peut-être suis-je blasé, car j’ai l’impression de n’avoir rien découvert que je n’avais déjà vu. Il faut dire que les Anglais étaient beaucoup moins nombreux et cela fait un sacré trou. On apprécie enfin la part belle faite aux petites cylindrées avec un circuit qui leur était spécialement réservé.

Côté course

Côté course, admirons au passage cette belle 500 Paton vue sous un angle bien inhabituel.
C'est une règle absolue de toutes les réunions de motos anciennes importantes, l'une des grosses vedettes est l'exposition de motos de compétition réunies par Gérald Motos. Les coupes de cette année ne dérogeaient pas à la règle avec ce bel étalage et, en tête de gondole, la CZ d'usine avec laquelle Jean-Michel Hervé finit 3e dans sa catégorie au Bol d'Or 1970. La moto courut ensuite au Championnat de France les trois années suivantes.
Les collectionneurs de belles Italiennes anciennes sont toujours en majorité dans les stands de la pit lane. Ici une Gilera 500 Saturno Corsa de 1956.
Belle paire de Maico, non ? une 250 MD RS de 1974 pour monsieur Klink, et sa sœur jumelle pour madame Klink. C'est beau la vie de couple !
D'accord, ce n'est qu'une réplique, mais elle l'annonce clairement et les records du monde remportés par ce Guzzino 54 cm3 en 1948 valent bien cet hommage.
Côté moto, la bourse ne valait guère le déplacement, mais on pouvait acheter sur le paddock ce bitza d'époque avec un moteur Triumph 500 tout alu daté de 1945, et un furieux air d'Italienne pour le cadre et l'habillage.
Mini réplique à pédales de la MV Agusta 4 cylindres de Leslie Graham en 1954 réalisée en 1954 par le département course de MV Agusta à la demande du Comte Corrado Agusta (frère du comte Domenico Agusta qui tenait les rênes de l'usine) pour son fils Riccardo qui a alors 4 ans. La MV de "Rocky" pèse 16 kg avec une longueur de 1,10 m et des roues de 14". La précieuse relique fait partie de la collection du Moto club Bustese.

Du côté des anciennes et des clubs

Ambiance avec la Mobylette version 1960, la vraie Bleue, et son heureux pilote en pleine séance de mécanique devant les yeux émerveillés de sa dame de coeur.
Comme d'habitude le RMCE (Rétro Moto Club de l'Est) de Morvillars était venu en force : avec 29 motos, 19 personnes et 12 camionnettes !
Dans l'ordre chronologique c'est la Peugeot de 1901 à moteur ZL qui entame la longue rangée d'exposition.
Faute d'un vrai grand musée national, il est des musées privés qui bougent et c'est le cas de la Grange à bécanes qui expose depuis 2013 une centaine de motos à Bantzenheim. Pour les Coupes, la Grange à Bécanes avait consacré son chapiteau à sept motos Ravat (dont elle possède les 65 modèles produits, il ne lui manque que la 650 monocylindre dont il ne fut fabriqué que deux exemplaires).
Ravat 125 U pour Ecclésiastique 1923
Ravat 175 ER2 1929
Ravat 300 ER10 à moteur Blackburne à soupapes latérales, 1932
Fidèle lui aussi parmi les fidèles, l'Indian Club de France se désolait quand même que les avant-guerre soient de plus en plus délaissées.
Émotion, en redécouvrant la Terrot 175 Super Ténor comme neuve qui fut ma première moto, sur le stand d'Arbracam.
L'amicale MZ et des motos de l'est présentait toute la gamme routière de la marque avec, en vedette, cette bien rare 250 ES de 1959 appartenant à Louis Daniel.
C'était décidément l'année Ravat, car ce beau 50 R7 de 1952-53 faisait partie de la douzaine de cyclos exposés par le Club Français du Cyclo Sport.
Admirez le blocage du levier d'embrayage pour passer en mode vélo !
Le club Motobécane était consacré cette année à la course et aux modèles trois cylindres avec, entre autres, cette malheureuse version du Paris Abidjan Nice préparée par Yves Kerlo et Camino pour Remy Louvel en 1976.
Après sa nationalisation après-guerre la firme tchèque Ogar fabrique des Jawa-CZ simplement rebadgée à son nom comme ce bel exemplaire de 1948
Un duo de choc avec deux Honda des années 60 rarissimes dans nos contrées. En rouge la 250 CIII 72 de 1963 avec ses non moins rares accessoires d'usine et d'époque.
Cette Honda 305 cm3 CS77 de 1962 appartenant à Bernard Wisniewski est sans doute l'unique exemplaire en Europe.
Vraiment pas courante, la 125 GT Suzuki de 1976 avec son cadre coque en polyester dû à Jacques Roca.
Finalement les Yamaha RDLC 350 ont tellement couru et fait les 400 coups, qu'il devient rare d'en voir une "Mint" comme disent les british.
BMW, si souvent conservateur étonne aussi parfois par des produits surréalistes, aujourd'hui un scooter électrique et, en 1988-89, cette étonnante BMW 1000 K1. Un modèle fort rare que son club exposait à dix exemplaires !
Les Coupes, enfin retrouvées, restent fidèles à leur réputation : monumentales ! Entre les clubs, la bourse, les participants installés tout autour du circuit et les motos de prestige dans les box…, on a du mal à faire un tour complet en une seule journée. Cela dit, on note d'année en année un rajeunissement progressif du [...]

6e Montlhéry Vintage Revival : 60 photos du paradis !

On croyait que ce n’était pas possible, et bien si, et ils l’ont fait. Cette 6e édition du Vintage Revival à Montlhéry était encore plus fantastique que celles qui l’ont précédé. Faut dire que, Covid aidant, on l’avait attendu plus que de coutume. 280 automobiles plus étonnantes les unes que les autres et plus de 206 motos inscrites dont 95 d’avant 1919 et d’exception et sans compter toutes celles venues en visiteur. Les Allemands, les Suisses et, si, si, même les Anglais l’affirment , on a jamais vu ça ailleurs !

Cocorico et merci à Vincent Chamon, à Jean-Pierre Olayat et aux 97 bénévoles de l’équipe qui les aident à gérer l’affaire. Tout était parfait, du classement à l’entrée du parking, aux commissaires de piste ou à Igor Bietry, le remarquable speaker et une caractéristique constante, chez eux comme sur tous les participants et visiteurs, une banane inamovible ! de quoi attraper un coup de soleil sur les dents.

Comment raconter un tel amoncellement de machines extraordinaires ? Le mieux que je puisse faire est de vous en présenter un maximum de photos, et comme il n’est pas possible de faire à la fois une publication rapide, et des historiques complets de chaque machine, n’oubliez pas de vous reporter aux fiches et aux articles du blog où une grande partie de ces motos son disséquées. Pour les autres, un peu de patience, un bon nombre devrait sans tarder apparaître dans les fiches qui ne cessent de croître et de se perfectionner.

Un pilote britannique qui joue le jeu de la tenue d'époque sur sonAJS 350 H6 1927
AJS 500 K10-1927 à simple ACT
Une bien rare Alcyon 250 de 1924
… et une autre Alcyon cette fois de 1937 avec un beau moteur Zürcher culbuté
Seul Yesterdays motorcycle pouvait apporter un engin pareil, une B. Moullard à moteur Renaux d'environ 1900.
La BCR 500 IS de 1932 avec sa superbe suspension arrière oscillante.
La très Spéciale Bianchi 500 W de 1935 qui courut aux mains de Dalmasso.
Jean Caillou et sa BSA type K de 557 cm3 qui équipait l'armée française en 1917.
Le stand de la FFVE n'était pas en reste et deux de ses membres éminents y exposaient une Rudge et cette belle BSA 500 J35/12 de 1935.
Chater Lea 350 Super Sport de 1921 avec son indispensable pot Brooklands.
Et ma Chater Lea préférée, une Sport usine à simple ACT de 1926.
Envie d'une petite folie ? Ce Cyclotracteur de 1920 était à vendre.
Bien peu connue en France, une D-Rad 500 R10 de 1930.
Cheu nous, en 1929 on rêvait d'Amérique avec la Dollar 500 LSS
Cette DS Malterre 500 à moteur Chaise à ACT de 1928 fut la première moto de la marque à soupapes en tête.
Dernière 500 à transmission par courroie de Gnome & Rhône, la 500 type C de 1926.
Difficile de trouver une plus belle présentation que pour cette Harley de course semi culbutée des années 20.
L'ultime version de l'Harley Davidson 350 PeaShooter en 1930 et son pilote. Dommage, le carburateur est chinois !
Elle était déjà là au dernier Revival en 2019, mais on ne s'en lasse pas : Henderson 1000 E quatre cylindres de 1915.
On reste dans les belles américaines avec cette Indian board racer 1000 BTR de 1917.
Tout aussi rare, une Pope 1000 de 1915.
Belle classique anglaise : la Raleigh 500 de 1930.
Dans la bourse, limitée en taille, mais riche en contenu avec entre autres le stand de plus en plus imposant des Chambrier père et fils, on trouvait aussi quelques motos dont cette intéressante Rene Gillet 350 attelée.
Côté, Belge vieux, il fallait admirer cette Saroléa 500 de 1918 et sa nouvelle peinture due à Jean-Michel Spies.
… le 600 monotube de la même maison en 1935 côtoyait d'ailleurs sa version course.
La dernière trouvaille de Yesterdays, une Séron Sept de 180 cm3 à transmission à galet et made in Besançon, le pays de la mécanique de précision !
Les britanniques ont commis quelques beaux gros attelages avant 14, mais nul autre n'a, comme cette Zenith 830 Gradua de 1914, un réglage du variateur à courroie par déplacement de la roue arrière et un moteur décalé à droite pour laisser place à l'énorme renvoi-embrayage devant lui.
Cette Jack Sport parisienne de 1928 ex Fernand Venin nous est arrivée de Belgique réservoir nu…
… une lacune que Jean-Do, grand spécialiste des lettrages et autre décors a réparé sur le champ.
l'est quand même plus attirante comme ça, non ?
Le même Tom Pellegrims avait apporté sa La Mondiale 500 à moteur JAP KOR, la version racing, de 1929.
Les Moreau père et fils se hâtent lentement vers la grille de départ avec leur Magnat Debon 400 de 1912 à culasse détachable.
Une belle paire de Martin motorcycle des années 10 dues à Harry Martin à Croydon dans le Surrey.
Une des super stars britannique de l'avant 14 : Matchless 738 cm3 JAP à soupapes latérales de 1910.
Une des représentantes de la Confrérie des Vieux Clous et l'une des plus belles Maconnaise de son temps, la Monet Goyon 500 ALS5 de 1938.
Les Monotrace ne sont pas vraiment courants, et bien ici, il y en avait deux un de 1925, l'autre de 26 et tous deux animés par des 510 cm3 monocylindres.
Un petit tour en Suisse avec cette Moto Rêve 275 cm3 bicylindre type A de 1910.
Oh, un quatre roues ! et ce n'est pas une erreur car Neander fut aussi un grand producteur de motos. Ce beau racer qui ne pèse que 270 kg est animé par un Harley Knucklehead.
Une étonnante moto française, la New Impéria à cadre en aluminium et moteur AMC sortie en 1952.
Les débuts de l'Allemagne sur deux roues, représentés par cette NSU 211 cm3 de 1902.
Le très dynamique musée de Neckarsulm était entre autres représenté par cette NSU 500 SS Bullus de 1930.
Autre NSU sur le plateau, la Senior TT de 1914.
Restauration plus que soignée pour cette Peugeot 750 MT de 1917.
Le bel échantillonnage de motos américaine aurait été incomplet sans cette très belle Pierce 705 cm3 quatre cylindres de 1910 amenée par Yesterdays Motorcycles.

L’année Motosacoche

En voiture, comme en moto, une marque est spécialement mise à l’honneur au Vintage Revival. Pour les automobiles, c’était cette année BNC et pour les motos, on fêtait les Motosacoche, l’une des marques ayant eu par ses motos et surtout ses moteurs MAG l’une des plus grandes diffusions en Europe.

Rien ne pouvait mieux éclairer le fond de la grande tente Motosacoche que cette sublime affiche du premier modèle de la marque en 1900.
… et la même machine devant l'affiche avec cette particularité que cette type A est un invendu neuf de l'époque avec son emballage et sa notice !
Motosacoche, c'est aussi la course et elle nous l'ont bien démontré.

Non, ce n’est pas un collectionneur distrait qui a garé par erreur sa Brough Superior sous le chapiteau dédiée aux Motosacoche ! Après l’échec de sa 1000 V4 présentée au salon de Londres en 1927 et dont le développement fut abandonné, George Brough, qui veut sa quatre cylindres de haut de gamme, commissionne Bert Le Vack recordman multiple devenu ingénieur en chef chez Motosacoche, pour concevoir un nouveau projet de Brough Superior, la « Straight Four ». Ce sera ce quatre cylindres en ligne d’aspect très net. Les soupapes sont latérales et la transmission s’effectue par arbre et couple conique. La moto est présentée au salon de Londres de  1928 et le développement se poursuit avec quelques problèmes, en particulier de serrage des pistons arrière. Rien d’irrémédiable, mais malheureusement Bert Le Vack se tue lors d’un essai pour Motosacoche en 1931 et cette 900 ne sera jamais produite. Jusque dans les années 70 seul un moteur avec un carter explosé remplacé par un modèle en bois et la boîte de vitesses étaient conservés par la famille de George Brough.  Cette « base de restauration » a été revendue il y a quelques mois en Grande Bretagne à Wilcox Howard et la 900 Brough Superior Straight Four, pas encore totalement terminée, fait ici une de ses toutes premières réapparitions publiques depuis 1928.

Motosacoche 2C6TT 1913
Motosacoche 500 type 2C7-1914
Motosacoche 600 2C12-1925
Motosacoche 350 A35- ex Gaussorgues
Motosacoche 500 type 414-1930
Motosacoche 500 Jubilee 1932
On croyait que ce n'était pas possible, et bien si, et ils l'ont fait. Cette 6e édition du Vintage Revival à Montlhéry était encore plus fantastique que celles qui l'ont précédé. Faut dire que, Covid aidant, on l'avait attendu plus que de coutume. 280 automobiles plus étonnantes les unes que les autres et plus de [...]

Charron 1927 : moto de bois et moteur Voisin

Au Top Mountain Museum, une moto est mise à l’honneur chaque mois et il s’agit en Avril, d’une réalisation française pour le moins originale, La Charron de 1927 (mal datée de 1933) où cadre, fourche avant et accessoires sont entièrement réalisés en bois. Quelle meilleure place pouvait trouver cette Charron que dans un musée, lui aussi entièrement construit dans le même matériau ! Cerise sur le gâteau, cette Charron est animée par un rarissime moteur Voisin qui n’est pas dû à Gabriel, mais à un Voisin d’à côté et sans aucun rapport qui, lui, se prénomme René-Albert.

Photos Top Mountain Museum sauf mention contraire

Le créateur, Jean-Paul Charron, charpentier de profession, rêvait depuis longtemps d’une moto, mais sans en avoir les moyens de se la payer. Son nom était prédestiné, un maître charron était par définition spécialiste du bois et du métal. Pas de problème, il décide de se la construire lui-même en utilisant ses connaissances et son matériau usuel, le bois. Il choisit le noyer qui lui semble réunir les qualités requises en résistance et stabilité dans le temps. Quelques additifs métalliques indispensables sont rajoutés à cette partie cycle ligneuse : un moteur Voisin 350 cm3 à soupapes latérales, une boîte Picard 3 vitesses et des réservoirs d’essence et d’huile faits main comme le cadre.

Et ça marche car il se dit que la Charron en bois roula jusqu’en 1961 !

La guidon bois s'est vu renforcé d'un manchon métallique après une infortunée rencontre avec une 4CV.
Evidemment, une magnéto MEA, car elle ne coule pas !
Le propriétaire expose son kit d'entretien !
Carter de chaîne primaire et garde-boue, tout est en bois.

Tout étonne sur cette moto. Le moteur Voisin pour commencer avec sa culasse à deux étages (voir encadré).

La boîte de vitesse à 3 rapports par levier direct est une rare Picard semblable à celle montée sur les Motobécane 308 de la fin des années 20 (sur cette Charron on aurait évidemment préféré une Bridier-Charron !).

Le réservoir d’essence est en deux parties avec entre les deux un coffre pour les outils.

Le graissage est à huile perdue et si le réservoir d'huile est en tôle, son bouchon est, comme le reste, un bout d'arbre.
Photographiée il y a de nombreuses années par Jean Bourdache.

 L’autre Voisin

Le moteur Voisin qui équipe la Charron a été produit de 1927 à 1929 par la S.A des Ets. Voisin et Cie fondés par René Albert Voisin, sise à Levallois-Perret, rue Antonin Raynaud et qui n’a aucun rapport avec Gabriel Voisin et ses différentes réalisations pour l’aéronautique ou ses projets pour Gnome & Rhône. Ce Voisin-là ne produisit que ce monocylindre quatre temps à soupapes latérales ou culbutées. Il reprend les mêmes cotes longue course (71 x 88 mm) que les Blackburne et LMP et équipera dans sa version latérale l’Austral type V de 1928-29, La DFR de 1927-28 (avant que la marque ne soit reprise par Dresch) et la CP Roléo C4SL de 1928 (une marque habituée aux motorisations exotiques puisqu’elle utilisera aussi des Harrissard, des Pauvert, des LMP et des JAP-Staub). Ce rare moteur Voisin à soupapes latérales se distingue par sa « double culasse » où un chapeau en aluminium qui reçoit la bougie est boulonné au-dessus de la classique culasse en fonte. Voisin réalisa aussi une version à soupapes culbutée de son 350 (utilisé par DFR) et projeta également en 1928 un 250 cm3 deux temps dont on doute qu’il n’ait jamais été produit.

Pour plus d’informations, je ne saurais trop vous recommander le remarquable historique sur les Ets de René Albert Voisin publié sur le site des motos Austral.

La seule publicité connue pour les moteurs Voisin, parue dans Moto Revue le 29 septembre 1928
DFR 350 Voisin 1927

Un peu de patience avant de vous lancer dans le grand voyage pour aller visiter le Top Mountain Museum, car il prend ses vacances du 24 avril au 20 mai 2022. Après le dramatique incendie en 2021, le plus haut musée du monde à 2175 m a réouvert en novembre pour la saison de ski, avec un tout nouveau et somptueux local de 4500 m2 où sont exposées 500 motos, de préférence rarissimes, appartenant à 120 marques différentes. Le blog y revient bientôt.

Au Top Mountain Museum, une moto est mise à l'honneur chaque mois et il s'agit en Avril, d'une réalisation française pour le moins originale, La Charron de 1927 (mal datée de 1933) où cadre, fourche avant et accessoires sont entièrement réalisés en bois. Quelle meilleure place pouvait trouver cette Charron que dans un musée, lui aussi entièrement [...]

Nouvelles Nougier et Alcyon à Issoire

Les journées de roulage les 19 et 20 mars derniers sur le circuit d’Issoire (qui gagne vraiment à être connu) étaient spécialement consacrées à un hommage à Alain Chevallier et réunissaient la quasi-totalité des motos de course et prototypes qu’il a réalisés. Plus, bien évidemment, les Voxan, dont le remarquable petit musée dans l’enceinte du circuit vaut à lui seul le déplacement. Je ne saurais trop vous conseiller de visiter Pit-Lane.biz rubrique « Sorties » pour détailler toutes les motos de course présentes, mais il y avait aussi des ancêtres peu ou jamais vus dont voici quelques photos en attendant d’y revenir en détail.

La quasi totalité des motos construites par Alain Chevallier étaient la et souvent avec leurs pilotes.

Première absolue, La Nougier 350 quatre cylindres. Essentiellement développée dans sa version 500 cm3, car c’est ce qui voulait son mécène Pierre Collignon, la quatre cylindres Nougier était aussi prévue au départ en 350 cm3. Ce projet était resté en suspens jusqu’à ce que, dans les années 80, Jean Nougier décide de reprendre sa copie du début des années 50 en l’améliorant, en particulier avec un vilebrequin monobloc et non plus assemblé. Il retravailla le moteur assisté par Claude Caucal, jusqu’à ce que son état physique le contraigne à abandonner avant que la mécanique soit prête. C’est fait aujourd’hui. Claude Caucal a terminé les pièces non finies, entre autres le vilebrequin, et la 350 quatre cylindres a fait sa première apparition publique à Issoire. Dommage il manquait encore quelques ultimes modifications du système de graissage avant que le quatre cylindres ne puisse être mis en route pour la première fois, ce qui ne saurait tarder.

Alcyon 175 double ACT de 1953 : une renaissance. Vous la connaissez cette Alcyon ! Elle figure depuis bien longtemps dans les fiches sur ce site, mais elle était alors équipée d’un moteur AMC certes très préparé pour la course, mais toujours avec sa distribution d’origine par tiges et culbuteurs. Jean-Marc Brionnet, qui a récemment racheté cette superbe petite moto s’est bien évidemment empressé d’y monter l’AMC double ACT d’usine avec lequel on la vit à l’époque.

En 1953, avec le double ACT qu'elle a enfin retrouvé.(archives Jean-Marc Brionnet)
Une carburation un gros poil trop riche empêcha l'Alcyon de démontrer son potentiel, et son mécanicien et pilote René Bayssat l'a vite délaissé pour tourner sur la Paton ex Appietto… On ne lui en voudra pas !
L'Alcyon 175 avec son moteur AMC culbuté
et celle maintenant avec le moteur AMC double ACT.

L’autre vedette parmi les anciennes rares était l’unique Ultima 500 développée en 1951 par Fernand Fargeton. Je vous en reparle en détail très très bientôt.

Les journées de roulage les 19 et 20 mars derniers sur le circuit d'Issoire (qui gagne vraiment à être connu) étaient spécialement consacrées à un hommage à Alain Chevallier et réunissaient la quasi-totalité des motos de course et prototypes qu'il a réalisés. Plus, bien évidemment, les Voxan, dont le remarquable petit musée dans l'enceinte du [...]