Vintage Revival Montlhéry 2019 : L’extase (2)

La suite du reportage en images sur le formidable Vintage Revival 2019 à Montlhéry.

Photos © François-Marie Dumas/moto-collection.org

1915-1928 : Les tendances

De 1915 à 1928, toutes les techniques sont déjà connues faute d’être toutes encore maîtrisées. Résumé des tendances en onze modèles venus de Belgique, des États-Unis, de Grande-Bretagne et de France.

Seule représentante des quatre cylindres américaine sur le plateau, la Henderson 1000 model E de 1915 à soupapes semi-culbutées.
Kaindl Andreas au guidon de son Henderson.
Le club Indian, toujours aussi dynamique hébergeait entre autres cette 1000 Powerplus attelée de 1917.
Des Harley en pagaille dont cette 1000 18F de 1918.
Prête pour le départ, la Rudge multi 500 cm3 de 1920 de Peter Ritzen.
Belle présentation pour cette BMA (bicyclette à moteur auxilliaire) SICAM 100 cm3 de 1921 dont le moteur inspira celui de notre Mobylette nationale.
Un grand classique britannique, la BSA 500 « Round tank » de 1925 de Ken Baxter.
L’un des grands plaisirs de la réunion fut de voir de jeunes pilotes au guidon ici avec une Monet Goyon 175 à moteur Villiers.
Une Anglaise, ça roule même quand il pleut. La moto est une Zenith 350 culbutée à moteur JAP.
La marque liégeoise Bovy ne bénéficie pas de la même popularité que les Gillet, FN et Saroléa voisines. Elle fit pourtant de fort belles motos dont cette 500 SS de 1927 à moteur JAP culbuté.
Thomann 250 AD de 1927 à moteur Zurcher.
H. de Chavanne, exprime sa joie au guidon de sa Gnome & Rhône 500 DE de 1928.

1915-1928 : Techniques en folie

Pour la course, les ingénieurs se déchaînent et font appel aux techniques les plus sophistiquées : admirez donc cette Motosacoche 700 cm3 à doubles arbres à cames en tête entraînés par cascade de pignons. D’accord, il s’agit d’une refabrication, tout comme les réalisations de Pavel Malanik, mais si les répliques de motos survivantes ne sont pas bienvenues au VRM, il met à juste titre un pais rouge pour les  sorciers qui ont le talent de faire renaître des chefs-d’œuvre disparus.

Les fameuses Board track pour courses sur anneau en bois étaient aussi de la partie. Ici l'Indian 1000 de 1918 de O. Marchand.
L'autre face de l'Indian. La distribution est à soupapes latérales et les échappements sont réduits à leur plus simple expression.
La plus belle des Harley Davidson, une 1000 cm3 de 1918 à huit soupapes culbutées.
Velocette 350 K de 1925, la première mouture d'une très longue série de racers prestigieux.
Sans doute la plus sophistiquée des motos de course présentées: la Motosacoche 690 cm3 à deux double arbres à came en tête entraînés par arbre et cascade pignons.
Motosacoche utilisa cette disposition des ACT en monocylindre 350 cm3 et en bicylindre en 495, 692 et 750 cm3
La Rex-Acme à moteur Blackburne 350 cm3 culbuté du Brooklands museum.
Une autre des merveilles apportées par le Brooklands museum, la Cotton 250 JAP avec son fameux cadre en tubes fins triangulés et l'obligatoire pot Brooklands plus volumineux que jamais.
La Rudge 500 Special de 1928 à 4 soupapes parallèles de Mark Groves.
… et la même prête à prendre le départ.
Venue de Bremen en Allemagne avec sa pilote, cette rarissime Excelsior Manxman usine ne fut construite qu'à 4 exemplaires en 1936-37, 2 en 250, les plus performantes, et 2 en 350 comme celle-ci . Elles souffraient d'un poids bien trop élevé pour contrer la concurrence.
Cette Manxman usine testaient une distribution à simple ACT et 4 soupapes. La culasse est en bronze et les deux carburateurs spéciaux sont des Bowden sans boisseau mais avec un un papillon d'admission.

1929-1939 : Le grand tourisme sportif

Dans l’entre-deux-guerres la moto est une véritable alternative à l’automobile cherche souvent le confort et la facilité d’entretien. Les plus beaux exemples ici en sont les New Motorcycle (un prototype unique à suspension arrière), Majestic, et Opel. Tandis que FN M67, Lady, Motosacoche et New Map hésitantes entre course et route sont les vraies Supersport du moment.

Dominique Martin a de quoi être fier avec cette Majestic 350 A-B Chaise de 1929 à la remarquable patine.
Oui, la Majestic roule et même fort bien comme le prouve Dominique Martin à son guidon.
Récemment sorti de grange cet unique prototype de New Motorcycle 1929 piloté par son propriétaire, Daniel Pichard, possède une suspension arrière due à Georges Roy, le constructeur de la machine.
Classique, mais si belle : la Motosacoche 500 C50 de 1929 de Marco Blumer.
Fritz Schmidt démontre avec brio que sa remarquable Opel Neander démarre au premier coup de kick.
Les Neander utilisaient un moteur Küchen que Opel remplaça par une mécanique de sa conception. En vignette la très astucieuse béquille constituée de deux latérales qui se replient en ciseaux.
Le chantre du cylindre incliné, c'est Panther avec ici une 500 TT Replica de 1929.
Encore une belle Belge peu connue, la Lady construite à Anvers ici dans une rare version 500 SS de 1931 à moteur Rudge Python à quatre soupapes parallèles.
New Map 500 ohh 5 à moteur MAG de 1934. Collection Antoine Guary.
Le décor concocté par Géo Ham pour cette 500 S5C GS Superculasse de 1938 est toujours aussi admirable.

1929-1939 Course : Les icônes

Curieusement cette catégorie était l’une des plus fournies avec maintes Norton Inter , Velocette ACT et autres classiques, mais c’est aussi là que le VRM apportait le moins de surprises. Il  y avait quand même de quoi s’extasier avec la Norton des records de Jimmy Guthrie, la rare OK Suprême et plus encore, la Jonghi TJ4 à soupapes latérales des records recréée par Patrick Delli.

Avec son arbre à cames en tête entraîné par chaîne la'AJS 350 R7 de 1930 était une machine au top du modernisme et la marque restera fidèle à cette technique jusqu'à sa fin.
Des Norton, il y en avait pléthore, mais cette 500 M30 1933 des records de Jimmy Guthrie avait tout pour sortir du lot.
La Jonghi tout juste finie n'a pas encore trouvé ses bons gicleurs et le démarrage s'avère délicat avec Patrick Delli au kick et Jean-Claude Conchard au maintien.
La Jonghi 350 TJ4 à soupapes latérales des records n'existait plus, mais le passionné de la marque Patrick Delli l'a patiemment reconstituée et compte d'ailleurs l'emmener battre de nouveaux records sur le lac salé.
Les New Imperial font partie des motos de course britanniques les plus titrées. Cet exemplaire est une 350 GP de 1934
OK Supreme 350 de 1938 avec une peu courante version du moteur JAP.

Vintage Revival Montlhéry : l’extase ! (1)

« C’est la plus belle manifestation de motos anciennes en Europe » et ce sont les Anglais, venus en force comme d’habitude, qui le disent. Certains ont même fait la route depuis la blanche Albion avec leur moto ou voiture d’époque. Et il n’a pas que les British de cet avis, tous, participants et spectateurs, avaient le même sourire, y compris sous les grosses averses du samedi. Le Vintage Revival à Montlhéry est vraiment, et plus que jamais , LA réunion à ne pas manquer. Il n’a qu’un seul défaut : n’avoir lieu que tous les deux ans. Va falloir attendre 2021… c’est loin !

Un immense merci à Vincent Chamon et toute son équipe d'organisation.

Terrot / Magnat-Debon : L’incroyable réunion !

43 Terrot CP sous une tente, c'est fou, non ?
Jamais autant de Terrot CP n'avaient été réunies.

Chaque VRM met une marque de moto à l’honneur, c’était le tour cette année des marques jumelles Terrot et Magnat-Debon et le maître d’oeuvre de la réunion, Frédéric Soupey, a réussi un exploit incroyable. « Deux ans que j’y travaille » raconte Fred « Sur les quelques 60 CP survivantes (c’est-à-dire les versions course), nous en avons réuni 43, plus deux rares machines de motoball et tous les modèles d’avant 1914 sauf la Motorette N° 5 qui nous a fait faux bond faute de place dans son camion ! Et encore 7 autres CP étaient prévues qui n’ont pas pu venir. Trois collectionneurs ont apporté à eux seuls 34 motos, dont 15 pour l’écurie Nougier avec deux modèles récemment refaits par Claude Caucal qui effectuaient leur première sortie. On vous laisse imaginer le boulot pour mettre tout ça en place surtout pour des grosses collections apportées par un seul homme où il fallait trouver pas mal de bras disponibles. La moto la plus difficile à trouver dans les ancêtres fut la Terrot n°4 apportée par Jean-Luc Gaignard, la plus ancienne était la n° 2 de 1902 animée par un moteur Bruneau.» Modeste, le Fred, et il ne compte pas les modèles de série dans sa déclaration. Plus fort encore, il a meme réussi à devenir futur jeune père durant la préparation de la fête ! Un seul mot, BRAVO, personne n’avait jamais vu autant de Terrot course rassemblées. Dommage, puisqu’il faut bien trouver des critiques, que l’expo n’ait pas profité du dimanche pour quitter la tente et aller se montrer au soleil et que certains rares modèles aient préféré rester dans les abris personnels de leurs propriétaires.

À une version près, tous les modèles Terrot d'avant 1914 étaient présents, ici une Motorette n°2 à moteur Zedel de 1909.
On ne s'amuse pas sur la piste et cette Contrats britannique animée par un 350 JAP passe allègrement la Terrot Zedel
Réunion unique des très performantes 400 Magnat-Debon 1912 type course à culasse détachable et deux grosses soupapes culbutées. Leurs propriétaires, Daniel Tille, Pascal Moreau et Jean-Luc Gaignard, ces deux derniers découvrant avec surprise que leurs machines étaient respectivement numérotées 1304 et 1305!
Charles Moreau au guidon de la Magnat-Debon 400 type course de 1912.
Duel de deux petites sœurs, la Terrot 250 F Tourisme de 1927 devant la version FTL de 1928.
Cette Terrot 175 LCP 1934 du pilote avignonnais Léopold Barde est l'une des premières produites.
Les deux rarissimes modèles de motoball Terrot. Au premier plan une 250 OSSE de 1934.
Etonnante trouvaille chez Terrot pour son modèle d'armée 500 RATT de 1934 : trois paires de roulettes sous le moteur aident à passer les obstacles !
Rarissime dans cette version civile de 1936, la Terrot 750 VA.
Edmond Padovani, pilote et directeur technique de Terrot, modifiera sans cesse cette 175 LCP de 1937 à 1955 (ici dans son ultime version)
La Terrot 350 HSSP de 1937 dans sa finition la plus luxueuse entièrement chromée.
Nouveau trésor remonté par l'écurie Nougier, La Magnat CCP-1 d'usine de 1937 (Terrot 500 RCP-1). Une 500 à vilebrequin sur 4 paliers, carters magnésium avec pompe à huile intégrée et ressorts de soupapes en épingle.
Première sorte pour la dernière restauration de Claude Caucal et Jacky Boeuf pour l'écurie Nougier, la Terrot 250 TT de 1938 à volant extérieur construite par Padovani qui remporta sa catégorie aux Bols d'Or 1938 et 39. Trois exemplaires construits.
Magnat Debon 500 CSSE 1938. Comme pour d'autres marques les coloris pouvaient être choisis par le client.
La Magnat-Debon 500 très spéciale du motociste isérois Louis Marmonnier de 1947 à 1952 : cylindre aluminium, freins Collignon et cadre transformé avec suspension arrière.

Les motos, les cyclecars, les voitures, c’est formidable, mais le VRM c’est aussi une ambiance unique dont voici quelques images.

Hommage au très regretté Jacques Potherat, alias, l'entonnoir masqué, disparu en 2001. Passionné d'automobiles et de motos anciennes Il est à l'origine du Vintage Montlhéry.
Pour survoler l'évènement, Thierry Farges a trouvé la solution avec ce Citroën aménagé par un peintre pour saisir ses paysages en restant au sec.
La presse de la moto ancienne était dignement représentée par François-Arsène (en touriste), Bourdache et moi-même… mais les magazines spécialisés dans les vieilles n'avaient, comme d'usage, pas fait le déplacement. Trop loin ?
Ben, oui, il faut bien se nourrir.
Tenue d'époque de rigueur et pour aller d'une exposition à une autre, quoi de mieux que le vélo.
On peut aussi amener son animal de compagnie favori

Des origines à 1914 : L’affluence

La première réalisation des frères Werner en 1898 avec son moteur sur la roue avant inventa le nom de la "Motocyclette".

Qui a dit que les ancêtres ne sortaient plus ? Il suffit de leur proposer une organisation qui les aime et c’était, à Montlhéry, l’une des catégories les plus fournies. Elles ne rechignaient même pas à tourner sur le redoutable anneau où je vous jure qu’on sent fort bien les bosses avec ces pionnières. 121 ans pour la plus vieille, la Werner de 1898 avec moteur sur la roue avant qui inventa le nom de « La Motocyclette ». 2914 cm3 pour la plus grosse, la NLG (North London Garage) de 1909 recréée par le sorcier tchèque Pavel Malanik.

Le quadricycle de 1899 à moteur De Dion de Pascal Moreau effectua quand même un demi tour d'anneau avant de décaler son allumage.
On ne vit pas moins de trois De Dion en piste
La Remarquable Lamaudière et Labre de 1901 fabriquée à Levallois-Perret obtint nombre de victoires 1899 à 1902. On notera son premier prix au "concours général de l'alcool du ministère de l'agriculture" en 1901. Ça ne s'invente pas !
Version monocylindre le la Moto-Cardan de 1903 qui comme son nom l'indique a une transmission par arbre. Il y eut aussi un modèle bicylindre en V face à la route.
En 1904 cette Lurquin-Coudert de 611 cm3 type Paris-Madrid 1903 est présentée par Paul Valquenet.
La Magali tiers de litre de 1904 avec son énorme pignon réducteur.
Peugeot type H 2HP avec encore cette année là un carburateur Longuemarre.
Forecar en anglais, "tue-belle mère" en français ce Rover 430 cm3 date de 1903 et son monocylindre est à refroidissement liquide.
Non seulement Pavel Malanik réalise magnifiquement des chefs d'œuvre disparus, mais ils marchent fort. Ici avec Pavel junior au guidon.
De G à D, Pavel Malanik, le sorcier, Petr Sevcik et Pavel Malanik junior présentent leur NLG et la Laurin Klement CCC quatre cylindres.
La NLG des records en 1909 ne cube pas moins de 2714 cm3 !
Après les Anglais, de plus en plus d'Allemands et Autrichiens viennent au VRM. Cette Puch 1000 cm3 racer de 1905 était amenée par Gernot Grüber.
Quel plaisir de découvrir des marques à peine connues. Cette Simplex de 1909 à moteur Fafnir était fabriquée à Amsterdam.
La Zenith Gradua 500 de 1911 utilisait un système de poulie variable commandée manuellement pour changer de rapport.
Langue au chat, c'est la première fois que j'entends parler de Contrats 350 de 1912 à bicylindre JAP amenée par le HD racing team.
Singer ne fit pas que des machine à coudre, mais aussi cette belle 350 de 1913, tout à fait moderne en son temps.

…et la suite au prochain numéro.

Vespa TAP 56 balinais

Surprise lors d’une balade à Bali, un reste de Vespa TAP 56 pas tout à fait en état d’origine mais presque (comparer avec la photo du dessous !). Ho Chi Minh ville, alias Saigon au Vietnam, où cet engin a dû arriver à l’origine, est quand même à plus de 5000 km ! En y regardant de plus près il apparaît que la base n’est pourtant même pas un Vespa mais plus probablement un Bajaj indien modifié façon TAP 56. Une customisation comme une autre, qui n’a pas échappée à la sagacité de Jacky Pichaud, lecteur assidu et grand spécialiste en deux roues exotiques. Merci Jacky..

Microcars : Les oeufs de la route !

Spécial Pâques

Une belle occasion pour les grands enfants que nous sommes d’aller découvrir quelques curieux oeufs fumeux et à roulettes dans la campagne normande.

Quoi de plus tentant pour Pâques que d’enrubanner cet Œuf de la route… en l’occurrence un Heinkel Kabine. En vignette les plus connus des « oeufs », les Isetta, ici à Tokyo avec trois versions différentes à moteurs BMW.

Quand on aime, on ne compte pas, alors Claude Le Bihan s’est trouvé une vieille menuiserie pour abriter ses belles collections de tout et surtout de motocars. Beaucoup ? Oui, pas mal, enfin presque tous, et surtout tous ou presque en état de marche, car, pour Claude, une collection, ça doit rouler et ce n’est pas son fils ou son épouse qui vont le contredire… nous non plus !

En route pour une balade printanière. Bien encadré par la Mistral en tête et l’Avolette des Le Bihan père et fils, j’aurais le plaisir de m’initier au Messerchmitt KR 175 découvrable de 1956.

On s’extasie aujourd’hui (quoi ! Pas vous ?) sur les mini voitures pas si mini que ça, réservées aux « sans-permis » et aux personnes âgées. Que cela ne vous fasse pas oublier les bien plus mini et mimis qu’elles, qui ont fait fureur dans l’après-guerre. Simplistes à l’extrême, bien moins chers que les vraies autos à l’achat et surtout, à l’usage, ces « motocars » (ainsi officiellement dénommées par Robert de Rovin dans l’édition 1952 du dico Quillet), généralement animées par des 125 ou 175 cm3, paient moins d’assurance et ne réclament pas de permis en 125 cm3. Les cyclecars d’avant-guerre se transforment donc en motocars après guerre et connaissent un fulgurant succès, en France pour commencer, puis en Allemagne, en Italie, et en Grande-Bretagne. En ces temps de pénurie, il y a parfois un délai de 2 à 3 ans pour une auto et, au Salon de Paris de 1946, les microcars sont dans toutes les allées du Grand Palais. Bien peu cependant auront une suite commerciale et ceux qui verront le jour seront souvent des mini productions avec une distribution uniquement locale.

Ces enfants ont trouvés de drôles d'oeufs cette année : le mini Rollera de 1957 et les deux Paul Vallée, en bleu l’inspiration course de 1952 ici en version biplace et derrière le minuscule Chanteclerc de 1956 qui offre quand même deux places côte à côte.

Le problème d’un succès fulgurant, c’est que ce qualificatif implique le plus souvent une certaine brièveté… et ce sera le cas. Après un court retour en grâce causé par la crise du pétrole de Suez en 1956, la fin des années 50, déjà si délicate et meurtrière pour l’industrie motocycliste, signera l’arrêt de mort du motocar pour les mêmes raisons. Les petites voitures d’occasion sont désormais accessibles, l’assurance devient obligatoire et chère, le pouvoir d’achat augmente. À toutes bonnes raisons rajoutez la guerre d’Algérie et le service militaire obligatoire de 24 à 27 mois où l’on partait à la sortie de l’adolescence pour revenir en âge de procréer ce qui n’est guère compatible avec les deux et trois roues de nos amours.

À la fin des années 50, l’âge d’or est fini, bienvenue en enfer… les motocars tombent dans l’oubli le plus complet et même si quelques passionnés se les arrachent aujourd’hui, ces pauvres petites bêtes sont bien à cheval entre deux presses, ni les journaux automobiles ni les motocyclistes ne les reconnaissant comme des leurs. À tout prendre, ces petits trois et quatre roues semblent tenir plus de la moto que de l’auto. Tour d’horizon :

Spécialiste es-motocar et néanmoins clown à ses heures, Claude le Bihan, dans le rôle de l’écrasé sous sa belle Mistral de 1952.

Atlas : seulement 15 mois de salaire, il en fallait plus de 9 pour une moto 175 cm3 et 3 ans pour une 4 CV Renault. Vraie mini voiturette à quatre roues, l’Atlas apparait dés 1949 (celui de la photo est de 1952) sous le nom (tiens donc !) de Coccinelle. Le moteur est le 175 cm3 AMC quatre temps vertical à soupapes culbutées bien connu des motards. Il n’y a pas de différentiel, seule la roue arrière gauche est entrainée par chaîne. Un examen attentif révèle quelques emprunts à de pièces à la 4 CV, couvercle de coffre arrière, et sans doute, les ailes avant… La comparaison avec la 4 CV Renault de 1951 ne manque d’ailleurs pas d’intérêt : 245 000 F, 2,77 m de long, 2 places, pas de porte, 270 kg et 70 km/h et pour l’Atlas contre 582 000 F, 3,60 m, 4 places, 4 portes, 600 kg et 102 km/h pour la 4 CV. Pour référence, le SMIG de l’époque, à 40h/semaine, est à 16 000 F/mois et une Automoto 175 cm3 avec le même moteur AMC vaut 146 500 F.

Claude le Bihan dans sa belle Mistral à moteur AMC de 1952.
Duo en tandem dans un Messerschmitt KR 200 de 1958.

Messerschmitt « La parfaite réponse à une question que personne n’avait posée »,lit-on dans la presse de l’époque ! Ce très célèbre motocar est créé par Fritz Fend, ingénieur aéronautique et ancien de la Luftwaffe. Notre bon Fritz commence donc, après guerre, par concevoir une sorte de cyclorameur pour invalides qui va vite se transformer en s’habillant d’une carrosserie en tôle d’aluminium et se motoriser avec un 98 cm3 Sachs qui entraine la roue arrière par chaîne. Surprise, même les valides sont séduits ! Fritz se rapproche donc de Messerschmitt qui va produire cette avionnette sans ailes dans son usine de Reggenburg. Le premier 175 Messerschmitt est présenté en 1953 et suivi d’une riche lignée en 3 ou 4 roues 175, 200 cm3 et même 500 cm3 bicylindre en versions records de vitesse.

Notez pour l’anecdote que l’idée originale du créateur n’a pas disparu totalement. Le KR 175 et KR 200 ne proposaient en effet pas moins de 13 transformations en option pour les invalides de guerre !

Dans le cockpit tout en plexiglas qui rappelle ceux des chasseurs Messerschmitt Me109 de la guerre et avec un guidon comme sur une moto.
Paul Vallée prototype 1954 en bleu et version commercialisée en 1955

Paul Vallée, de l’auto au scooter et du scooter au motocar. Célèbre déjà pour les succès automobiles de l’Écurie France qu’il dirigeait, Paul Vallée, séduit par le Lambretta de 1948, entreprend illico de faire construire son propre scooter que sa société SICRAF (Société Industrielle de Construction et de Recherche Automobile sise à Aubervilliers) présente à la presse à l’été 1949. Il est produit jusqu’en 1952, bientôt rejoint par des triporteurs utilitaires très appréciés. Hmm, la course automobile a laissé des traces et, sur la base de son triporteur, Paul Vallée fait dessiner par Paul Née (connu entre autres par quelques belles carrosseries de Bugatti) une mini voiturette type course à carrosserie polyester qui sera la vedette des motocars au salon de 1952. Donnée pour 90-100 km/h cette petite trois roues est mue par un 175 cm3 Ydral avec une boîte 3 vitesses plus marche arrière et (au grand dam des collectionneurs) un irréparable gyrostarter fabriqué par Westinghouse ! Fin 1955 Paul Vallée remet le couvert, avec le minuscule Chantecleraffiché à 200 000 F au salon de Paris. Comme sa sportive ainée, il a une carrosserie en polyester sur un minuscule châssis de triporteur (3,10 x 1,32 m). et il est animée par un 125 ou un 175 cm3 Ydral.

Paul Vallée 175 prototype de 1954…
La Rollera Française de Claude Le Bihan de 1957 porte le n°8 et l’autre exemplaire du bien connu « Fifi » Devant date de 1958 et porte le n°25. Cela donne une idée de la colossale production !

Un matériau miracle pour les motocars des années 50 : le polyeste. Cette résine armée de fibre de verre apparue en aéronautique pendant la guerre est facile à mettre en œuvre, et s’adapte à toutes les formes. Des caractéristiques de rêve pour de petites productions artisanales comme la Rollera, présentée en 1956 à l’IFMA par Egon Brütsch. Elle ne sera fabriquée qu’à 14 exemplaires en Allemagne, mais aura un peu plus de succès dans sa version normande (construite sous licence par la Rollera Française dirigée par Jean Tourand) animée par un moteur AMC horizontal deux-temps de 125 cm3.

Avolette 193 Sachs 1956

l’Avolette trois roues apparait au salon de Paris 1955 et en 1956 la Sté Air-Tourist ne propose pas moins de cinq versions avec moteur Ydral, Sachs ou Maico de 125 à 250 cm3. Celle photographiée est animée par un 193 cm3 Sachs à 3 vitesses et marche arrière. Sa carrosserie composée de deux demi-coques boulonnées sur un plan de joint horizontal et une bulle en plexiglas peut chapeauter l’ensemble par mauvais temps.

La carrosserie de la charmante Avolette se compose de deux demi-coques boulonnées sur un plan de joint horizontal (normalement dissimulé par un jonc en caoutchouc qui manque ici en partie).
Le propriétaire, Donald Le Bihan, a ici laissé le guidon de son Avolette au célèbre « Fifi » Devant. Une bulle en plexiglas peut chapeauter l’ensemble par mauvais temps.
Le Heinkel Kabine de 1954 avant sa décoration pascale.

Les avionneurs allemands n’ont plus le droit de construire des avions après guerre et Heinkel comme Messerschmitt et Dornier se retournent vers le marché alors porteur des scooters et motocars. Messerschmitt se contente de rebaptiser les projets de Fritz Fend en 1953, Dornier fabrique le microcar Janus pour Zündapp tandis qu’Heinkel, après avoir tenté le scooter, s’inspire de l’Isetta née en 1953 et l’améliore en 1956 avec un moteur quatre-temps et une caisse autoporteuse. Après une production d’environ 12 000 unités, il transfère ses usines en Irlande en 1958 d’où sortiront 6 486 Heinkel kabine truffées de malfaçons. Reprise de 1961 à 1964 par Trojan, la « Kabine » redevenue fiable, est produite à 6 187 exemplaires.

Ces enfants ont trouvés de drôles d'oeufs cette année : le mini Rollera de 1957 et les deux Paul Vallée, en bleu l’inspiration course de 1952 ici en version biplace et derrière le minuscule Chanteclerc de 1956 qui offre quand même deux places côte à côte.