« C’était un plaisir de travailler avec Jean et je n’ai jamais eu à me plaindre. Jamais une remarque, rien, il écoutait superbement tout ce que je disais et il faisait en fonction. Il n’y a en fait qu’avec la 250 bicylindre que nous avons eu des problèmes. Mickey Schaad l’a pilotée et il disait la même chose que moi, elle se déréglait régulièrement sans qu’on trouve ce qui n’allait pas. Ça venait de l’allumage. Pour l’anecdote, c’est aussi à Jean que je dois les couleurs que j’ai toujours portées en course sur mes carénages et sur mon casque, le “bleu Delphinium” une teinte piochée dans l’échantillonnage des DS Citroën, bien sûr. On était tellement habitué à me voir avec ces couleurs qu’on m’appelait Delphinium ! »
Le 28 mai 1972 à Bourg-en-Bresse, Pierre Viura sur la 250 Nougier deux-temps, qui effectue sa première sortie, termine 9e derrière Pfirter (Yamaha), Roca (MZ), Appietto, Chevalllier et Marsowsky (Yamaha), Rougerie (Aermacchi) et Pini (Yamaha) et devant Bourgeois. « Ça a été ma dernière course sur Nougier, après c’est André Kaci qui a repris la 250, mais j’avais gardé la machine un certain temps et un ami me propose un jour de m’acheter le frein pour sa BMW. Je demande à Jean : “Pourquoi pas” me dit-il, mais il était quand même plutôt fâché ou surtout vexé que je ne veuille plus courir. C’est comme ça que la 250 s’est finalement retrouvée avec un frein avant à disque de Honda. »
« Cette année-là j’ai encore été champion de France en 125 avec la Maico, mais ils ont ensuite arrêté mon contrat et j’en avais marre. J’ai donc arrêté la compétition en 1973 à 43 ans. Il faut dire qu’en dehors des courses je ramassais les photos et le hors-sac pour le Provençal. Avignon, Arles, Marseille, etc… Je faisais jusqu’à 17 000 km en moto certains mois (en m’arrêtant quand même à chaque passage au garage Nougier !) et ça depuis des années. Les jours de fête, Noël, je travaillais tout le temps et le vendredi il fallait charger tout seul les motos… Heureusement, Jacky Bœuf me remplaçait de temps en temps quand j’allais courir ».
« J’avais commencé mes tournées avec une Triumph T110, la “pisseuse d’huile”, puis ça a été une 650 Matchless avec un carénage Avon qui a tenu 100 000 km. Après je suis allé chez BMW, mais en général au bout de 25 000 elles étaient cuites encore qu’avec une d’elles j’ai fait 530 000 km, juste en refaisant l’embiellage à 360 000, et elle tourne toujours !
Pendant toute ma carrière sur deux roues j’ai eu quelques accidents et 27 fractures en tout dont deux en jouant au ballon. Le reste c’est la moto, mais jamais en course où je ne suis ne suis tombé que 5 ou 6 fois, pas plus. Une fois au Mans à 150 km/h, mais le lendemain je courrais, et puis à Montlhéry, à Cannes avec la 250 et au Ventoux où on m’avait prêté une moto où le bouchon d’huile n’était pas serré. Tout est parti sur le pneu avant au freinage ! À mon dernier accident sur route en 1992 et à cinq minutes de chez moi, j’ai eu 17 factures, dont 14 aux côtes et 17 jours de coma… ça ne m’empêche pas de continuer à faire de la moto tous les jours »… me dit-il, en enfourchant sa 1000 Yamaha !
(Interview par François-Marie Dumas recueillie en 2013 à Saint Andiol).